Marion & Issa, Hijrah à Zanzibar

Une hijrah c’est souvent en famille. Marion et Issa qui tiennent le compte instagram @hijrazanzibar ont accepté de nous partager leur expérience sur cette petite île d’Afrique de l’Est.

Avant le départ :

Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant de faire la Hijrah ?

Issa : Je m’appelle Issa Abou Salma, je suis d’origine rwandaise et converti depuis 2013, j’ai connu le minhaj 6 ans avant la hijrah. J’habitais à Orléans où j’ai fait mes études jusqu’à l’université ensuite j’ai décidé d’arrêter pour faire une formation de boulangerie. Enfin, j’ai fait une formation en fibre optique domaine dans lequel j’ai travaillé jusqu’à ce qu’on quitte la France en mai 2021.  

Marion : Moi c’est Marion (ou Maryam Umm Salma), je suis française convertie. J’ai commencé un bts dans le social que je n’ai pas terminé car je ne souhaitais plus retirer mon voile, depuis je suis femme au foyer maman de deux enfants.

Qu’est-ce qui vous a motivé à partir ?

Marion : Le climat islamophobe de la France, nos enfants qui grandissaient dans cela et l’obligation de faire la hijrah en islam. On avait pour idée de faire la hijrah depuis un moment, on s’est renseigné sur différents pays mais ça n’aboutissait pas, projets ou papiers qui bloquaient…

Pourquoi avoir choisi Zanzibar ?

Issa : J’ai choisi Zanzibar car c’est un pays d’Afrique de l’Est, proche de mon pays d’origine donc c’est plus facile pour l’intégration car c’est le même paysage, la même nourriture, etc.

Marion : L’omniprésence de l’islam, le climat, le cadre de vie et la proximité avec le Rwanda.

Par quel biais avez-vous eu des informations sur le pays avant de venir ?

Issa : Avant je ne connaissais rien de Zanzibar, je connaissais juste la Tanzanie. Un jour un ami à moi est venu en vacances ici et il m’a informé des bienfaits de l’île par rapport à l’islam. Je l’ai tout de suite rejoint pour deux semaines de repérage et quand je suis arrivé j’ai su directement que c’est l’endroit qu’il me fallait pour la hijrah. C’est d’ailleurs le seul « pays » musulman dans lequel j’ai été…

Est-ce que c’est facile de s’y installer (administrativement parlant) ?

Issa : Pour s’installer, c’est facile, c’est juste une question d’argent. Dès que t’as l’argent et les papiers qu’il faut, il te donne la résidence. Après, niveau administratif c’est encore à l’ancienne, il y a un côté corruption donc il est préférable de faire les démarches accompagné d’un avocat. Et c’est également plus simple pour les ressortissants d’Afrique de l’Est dans le sens où hors Afrique de l’Est, pour le visa Business Class A par exemple c’est 3050 dollars mais pour ceux venant d’Afrique de l’Est c’est 1050 dollars.

L’installation et le quotidien :

Comment s’est passé l’installation et les premiers mois ?

Marion : L’arrivée dans la maison qu’on avait louée a été difficile pour moi car elle était en mauvais état. Il a fallu s’adapter aussi à la chaleur, aux moustiques et autres bêtes mais surtout à la « solitude ».

Issa : Oui, j’ai fait l’erreur de louer une maison à distance car la maison n’était pas comme sur les photos. Du coup, on a patienté les premiers mois, c’était difficile pour ma famille car c’était la première fois qu’elle découvrait l’Afrique. Après il faut s’habituer au volant à droite, apprendre la langue swahilie, etc.  

Le Swahili est la seule langue parlée ?

Issa : Il y a aussi l’anglais mais en réalité peu de personnes le parlent. L’arabe également est présent, les gens sont très forts pour le lire, le traduire depuis les livres, etc. mais ils ont plus de mal à l’oral.

Qu’est ce qui t’a semblé le plus dur en arrivant ?

Marion : La barrière de la langue et le fait de ne rien connaître, tout avoir à apprendre mais c’est aussi très enrichissant.

Issa : Oui, apprendre la langue mais avec le temps on y arrive…

Le coût de la vie vous semble-t-il plus élevé ou moins élevé que la France ?

Marion : Le coût de la vie est moins élevé qu’en France mais le niveau de vie aussi du coup. Par contre, lorsqu’on consomme comme en France le coût de la vie peut vite grimper mais il reste tout de même inférieur à celui de la France.

L’offre de santé est-elle « rassurante » ?

Marion : Pour les maladies communes oui mais le coût est plus élevé dans les cliniques privées. Pour les maladies spécifiques, il se peut que les hôpitaux soient limités dans le matériel et qu’il faille aller sur le continent.

Issa : Pour des maladies compliquées il faut aller à Dar Essalam à 1h15 de bateau à peu près ou 30 min d’avion. Là-bas ils sont plus avancés niveau médecine.

Comment vos enfants se sont-ils adaptés à la vie là-bas ?

Marion : Ils se sont facilement adaptés. Pour l’école, notre fille a fait sa première rentrée ici, on a eu quelques difficultés à trouver une école qui nous convienne mais on a fini par trouver al hamdulilah et elle s’y plait même si elle n’est pas encore tout à fait à l’aise avec les professeurs, ce que j’imagine peut arriver en France également, mais elle a déjà bien progressé en kiswahili et en anglais.

Issa : Oui, nos enfants ont 4 et 2 ans, ils se sont mieux adaptés que nous. Le gros avantage pour mes enfants c’est qu’ici l’islam est partout, ils entendent l’adhan, ma fille à l’école son uniforme c’est le voile donc dès tout petits ils vont être habitués aux coutumes islamiques et cela n’a pas de prix ! 

Est-il facile de vivre sa religion au quotidien et de l’apprendre ?

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Issa : Oui, il est facile de vivre sa religion, il y a des mosquées partout surtout dans Stone Town, tu entends l’adhan partout… Il est également possible d’apprendre la religion ici sauf que les cours sont en arabe ou en swahili. Il y a des frères qui ont étudié au Yémen ou au Soudan. Il y a aussi un merkez à Tanga avec un très grand étudiant en science qui a étudié auprès de Sheikh Mouqbil et c’est l’un des meilleurs de la Tanzanie. Qu’Allah les préserve tous.

Aujourd’hui, qu’est-ce que vous aimez le moins dans votre vie là-bas ?

Marion : Le fait d’être autant éloigné de mes proches, peu de structures de jeux pour les enfants, moins de confort qu’en France mais cela reste correct. Et aussi le fait que je n’ai pas encore pu m’inscrire dans un merkez.

Qu’est-ce que tu aimes le plus ?

Marion : Vivre entourée de mosquées, voir mes enfants grandir dans une terre d’Islam, la simplicité de vie, le cadre de vie…

Issa : Les frères sur la sounnah, je n’ai jamais rencontré des frères comme eux, ils ont un très bon comportement, ils sont accrochés à la sounnah, vraiment. Qu’Allah les préserve.

As-tu un endroit particulier que tu aimes à Zanzibar ?  

Marion : La plage de Fumba, peu fréquentée, jolie et proche de chez nous…

Issa : les plages de l’est de l’île et ces petites îles au milieu de la mer c’est vraiment les meilleures plages au monde !

Être une femme à Zanzibar :

Les gens sont-ils tolérants vis-à-vis de l’habillement/la pudeur des femmes (niqab, jilbeb etc.) ?

Marion : Oui, beaucoup de femmes Zanzibaris le portent également d’ailleurs mais le niqab peut être refusé dans certaines structures…

Le comportement général vis-à-vis des femmes est-il respectueux (pudeur, sécurité, etc.) ?

Marion : Oui, en grande majorité. Par contre ici ils n’ont pas forcément la notion de non-mixité, il est possible qu’un homme ou une femme nous aborde, peu importe la tenue, mais sans forcément que cela soit malsain non plus…

Est-il facile de trouver tous les commerces dont une femme a besoin ?

Marion : Pas aussi facile que dans d’autres pays, c’est une petite île, il n’y a pas beaucoup de grands magasins et il faut parfois fouiller dans les magasins pour trouver ce qu’on veut.

La vie professionnelle :

Est-ce que vous travaillez ? Si oui, dans quel domaine ?

Marion : Je travaille en ligne pour une plateforme privée de réservation de voyages.

Issa : Pour le moment, je fais du commerce dans mon pays d’origine.

Est-ce qu’il est facile de trouver du travail là-bas ?

Issa : Pour celui qui cherche du boulot à Zanzibar, il faut avoir des diplômes car la société qui t’embauche doit prouver que t’as quelque chose que les locaux n’ont pas…  

Et pour créer sa société ?

Issa : Ce n’est pas compliqué mais il faut être accompagné d’un avocat pour éviter les mauvaises surprises et les personnes mal intentionnées.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui souhaitent s’installer à Zanzibar ?

Issa : Je leur dirais d’être sincère et de venir en repérage car ce n’est pas tout le monde qui peut se plaire ici.

Quelles sont pour vous les 3 raisons qui font qu’on devrait aller à Zanzibar plutôt qu’ailleurs ?

Issa : La première serait la présence de frères sur le minhaj, le président lui-même est au courant et respecte cela. Les frères peuvent prêcher sans contrainte. Ensuite l’entraide qu’il y a entre les frères localement est très forte et pour finir la sécurité. Depuis que je suis là il n’y a pas eu d’agressions. Je ne dis pas que ça n’existe pas mais c’est très rare. Al HamdouliLlah.

Marion : Le climat et le cadre sont agréables, la religion est omniprésente et il y a de nombreuses opportunités.

Un dernier conseil à ceux qui aimeraient faire la Hijrah mais qui hésitent encore ?

Marion : Se renseigner sur son obligation et ses récompenses, sur les différents pays pour voir ce qui est le plus adapté à eux et leur situation, avoir plusieurs plans, commencer à réfléchir à des sources de revenus et les diversifier et invoquer Allah.

Issa : Il faut dire aux frères et sœurs que la promesse d’Allah est véridique. Le rizq vient de toutes parts lorsqu’on croit en Sa parole. Il faut être sincère envers Allah et ne pas idéaliser les pays car chaque pays a ses défauts. Il faut faire preuve de patience et de bons comportements et s’intégrer avec le peuple local.

Merci à vous.

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